Vivre le programme INTERREG IIIB, et pouvoir dire "je l'ai fait"
C.M. Laedlein-Greilsammer
Chargée de mission Médiation et Coopération Européenne aux H.U.S
Présidente d'Euro Cos Humanisme & Santé
Monter un projet dans le cadre d'un programme européen est une véritable aventure. Cela relève à la fois du "Camel Trophy" et du parcours initiatique avec épreuves. Epreuves qui doivent être chacune et l'une après l'autre réussies.
La progression se fait en pays inconnu, fermé sur ses propres codes, et qui donnent aux non initiés à la fois le sentiment d'exclusion et celui de dépendance.
En fait, le "Porteur de Projet Européen" doit transformer un concept institutionnel en une réalité. C'est certainement là toute la difficulté, mais c'est aussi le challenge qui mérite d'être relevé.
Diplômée en Service Social, enrichie d'une maîtrise en sciences sociales appliquée au travail, d'un diplôme supérieur en service social et d'un troisième cycle en service social hospitalier, j'ai, pendant ma vie professionnelle aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, acquis un certain nombre d'expériences "dites significatives" dans le domaine de la santé. Cette expérience émane plus particulièrement de la connaissance des malades, des professionnels de santé, des relations humaines, du travail pluridisciplinaire et pluri-professionnel, du management de personnel, de l'élaboration de formation et de l'approche de "l'Europe" avec la création de "l'Association européenne des assistants hospitaliers et de la santé" et du groupe pluri-professionnel européen de réflexion et de formation en santé "Euro Cos Humanisme & Santé".
C'est probablement ce parcours qui a amené Monsieur Paul.Castel ,Directeur Général des HUS, à me confier la mission de faire participer le centre hospitalier universitaire de Strasbourg à un programme européen. Apprenant mes nouvelles fonctions, un des membres d'Euro Cos, alors responsable de la coopération européenne au CHU de Liège, m'a proposé d'envisager une collaboration entre nos deux hôpitaux.
Ensuite tout s'est enchaîné, les idées, les rencontres, les opportunités, les volontés, et comme nous étions en juin 2000 et que le programme INTERREG IIIB venait d'être lancé, il suffisait de se plonger dedans.
Dans un hôpital on côtoie des réalités flagrantes et douloureuses, de "vrais gens" avec des problèmes vitaux, qui appellent pragmatisme et l'immédiateté de la bonne solution. Tout est à l'opposé de la législation européenne.
Les embûches, les incompréhensions, les impossibilités et les erreurs sont nombreuses et multiples, pour celui qui a la charge d'un tel projet. Il doit constamment s'adapter et comprendre le bien fondé de ce que demande les textes, pour répondre aux directives européennes. De plus, au sein de sa propre institution, où chacun est plongé dans l'essentiel, il passe souvent pour être un peu "hors norme".
Malgré tous ces paradoxes, il me semble que l'aventure vaut la peine d'être vécue, mais je dois reconnaître que mon expérience professionnelle a probablement facilité l'entreprise.
- Le fait d'avoir pris en charge des personnes en détresse physique, psychologique, morale et économique, m'a obligée à l'analyse et à la résolution de situations très complexes.
- L'habitude du travail pluridisciplinaire et pluri-professionnel, au sein de l'hôpital et à l'extérieur, m'a familiarisée à des rencontres très diversifiées et m'a permis de les appréhender.
- Enfin, la création et la responsabilité de l'Association Européenne des Assistants Sociaux Hospitaliers et d'Euro Cos Humanisme & Santé, m'ont fait percevoir la complexité des législations européennes et mon "dénuement" devant celles ci.
Maintenant que notre projet de "Création d'un réseau de coopération hospitalière transnationale Strasbourg - Liège - Luxembourg" a été retenu, je peux me permettre quelques réflexions non exhaustives sur ce qui est positif dans la démarche que nous avons entreprise, en s'engageant à monter un projet européen.
- Les rencontres avec des personnes qui n'ont jamais hésité à donner de leur temps et de leurs connaissances.
- La confiance de tous ceux qui ont entouré le projet du début à la fin du montage, et qui y ont cru.
- La meilleure compréhension des finalités des programmes de coopération européenne, car si ces programmes ne sont pas essentiels, ils ne sont pas un luxe inutile et superflu.
- Enfin, la satisfaction de s'apercevoir, que d'autres s'intéressent à ce qui a été bâti.
Pour conclure, j'ajouterai que pour monter un projet dans le cadre d'un programme européen, il faut constamment appliquer la règle des trois P: Pugnacité -Patience -Persévérance, y ajouter une dose d'inconscience qui vous permet de ne pas vouloir tout assurer avant d'entreprendre quoi que ce soit, et surtout avoir le sens de l'humour qui vous permet de relativiser et de ne pas jeter votre dossier à la poubelle régulièrement !
En fait, il faut croire en votre idée même si elle semble utopique, avoir la confiance de toutes les personnes qui vont vous accompagner, et être convaincue pour pouvoir convaincre.
Une fois ces préliminaires instaurés, vous pouvez vous embarquer pour le montage d'un projet européen, avec lequel vous allez vivre pendant des mois, voire des années.